Lettre ouverte · Détective Eau Nette

À vous qui travaillez dans un hôpital

La confiance n'exclut pas le contrôle. Même à l'hôpital. Surtout à l'hôpital.

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Qui que vous soyez dans le service : infirmière, aide-soignant, agent hospitalier, cadre, brancardier, vous qui entrez dans les chambres.

Ma mère est morte en soins palliatifs, en 2023. Je ne viens pas vous accuser. Je ne viens pas régler une histoire personnelle. Je viens vous raconter une scène, et vous confier une question. Elle vaut pour tous les étages de votre établissement.

On l'appelait tous les jours. Ce jour-là, elle a décroché, et je n'ai pas reconnu sa voix. Une voix de centenaire, elle qui ne l'était pas. Elle en était à dix minutes de concentration par jour. Je lui ai posé deux questions. Qu'est-ce que tu manges. Qu'est-ce que tu bois. Elle m'a répondu : Saint-Yorre. J'ai fait répéter. Saint-Yorre : 4774 milligrammes de minéraux par litre, dont 1708 de sodium. Pour un cœur fatigué, des reins affaiblis, le sodium reste du sodium. L'étiquette elle-même porte une mise en garde que personne n'avait lue : cette eau ne convient pas aux nourrissons ni aux enfants de moins de sept ans pour une consommation régulière. Voilà ce qui était posé sur la table de chevet d'un corps épuisé.

Ces chiffres me sont tombés dessus instantanément, et il faut que je vous dise pourquoi je les connais par cœur. Beaucoup de gens travaillent dans l'eau. La plupart n'ont jamais mesuré celle qui sort de leur propre robinet : ils traitent, ils distribuent, ils font confiance, l'eau est conforme et la journée est finie. Moi, l'eau est devenue une enquête. Plus de dix mille heures sur ce seul sujet. Aucune école ne l'enseigne : dans tout un cursus de médecine, l'eau de boisson occupe quelques heures à peine. Je suis né dans une famille de médecins, j'ai grandi en écoutant parler du corps humain matin, midi et soir. J'ai fini par comprendre que la question que personne ne posait, c'était celle de l'eau. Alors je m'y suis mis, et je ne me suis jamais arrêté.

À ce moment-là, quelqu'un de l'équipe est entré dans sa chambre. Toujours au téléphone, j'ai demandé à ma mère de transmettre : videz la bouteille, remplissez-la au robinet, l'eau de cette commune est trente fois moins chargée, je l'ai mesurée moi-même. La personne l'a fait. Instantanément. Sur la parole d'une patiente relayant son fils au téléphone. Sans une question, sans un pourquoi. Réfléchissez à ce que ça veut dire : l'eau d'une patiente en soins palliatifs a été changée par un coup de fil. Ce n'était pas de la mauvaise volonté, c'était un vide. Ce sujet n'appartient à personne. Confier sa santé à un soignant qui ne demande jamais ce que vous buvez, c'est confier sa voiture à un mécanicien qui ne fait jamais la vidange. Ce n'est la faute de personne. C'est juste que la question n'est écrite nulle part.

Faites l'expérience un jour. Posez deux verres côte à côte : une eau à trente milligrammes par litre, presque pure, et une Saint-Yorre à quatre mille sept cents. Ils ont exactement la même tête. Plus de cent cinquante fois plus de charge dans l'un, et vos yeux ne voient rien. L'eau est le seul aliment dont la composition est parfaitement invisible. C'est pour ça que personne n'y pense. Et c'est pour ça qu'il suffit de lire les étiquettes, ou de mesurer.

Le matin, vous pesez les traitements au milligramme près. Ma mère en était à soixante-treize cachets par jour, je les ai comptés. Soixante-treize molécules que son foie et ses reins devaient traiter et éliminer. Et pour les éliminer, l'eau la plus chargée de France. C'est votre rigueur d'un côté, admirable. Et de l'autre, à côté du pilulier, une bouteille que personne n'a jamais pesée.

Le rein artificiel, lui, a droit à la pureté. Quand l'eau doit rencontrer le sang, votre établissement n'accepte que l'osmose inverse, conductivité quasi nulle, contrôles permanents. Le rein fatigué de ma mère, lui, avait droit au stock. Les deux savoirs existent dans le même bâtiment, ils ne se croisent jamais.

Alors la voilà, ma question, et je la pose à vous, pas aux facultés de médecine. Vous, vous êtes dans les chambres tous les jours. Dans votre service, à qui appartient la question de ce qui entre dans le corps des patients, en dehors des médicaments ? Si la réponse est personne, alors elle vous appartient, à vous qui lisez ceci.

Commencez petit. Retournez les bouteilles. La source exacte au dos, le résidu sec, le sodium, les sulfates. Quatre lignes, trente secondes. Et vous avez un pouvoir que vous n'utilisez pas : celui de dire non. Entre deux eaux, toujours la moins chargée. Le chiffre est sur chaque étiquette. Il suffit de le lire. Pour quelqu'un à qui il reste peu de temps, chaque charge inutile enlevée, c'est peut-être un peu de présence rendue. Une voix au téléphone qu'un fils reconnaît.

Vous avez choisi ce métier pour accompagner les gens, vers la guérison quand elle est possible, vers la fin quand elle ne l'est plus, mais toujours avec le meilleur. Je le crois sincèrement. Alors faites circuler cette lettre. Salle de pause, transmissions, entre collègues, d'un service à l'autre. Les choses n'avanceront pas par le haut. Elles avanceront par vous.

Je n'écris pas ça pour vendre quoi que ce soit. J'écris ça parce que je l'ai vécu, et que si personne ne pose la question, elle ne sera jamais posée.

La confiance n'exclut pas le contrôle.
Même à l'hôpital. Surtout à l'hôpital.
Un fils, né dans une famille de médecins, qui a choisi l'eau.Détective Eau Nette · PACA et AURA
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