Elle n'est pas neuve. Elle a un passé. Voici lequel.
← Retour à « Mon eau, ma commune »On imagine l'eau du robinet comme neuve, sortie pure de la roche. C'est une illusion. L'eau de la Terre est la même depuis des milliards d'années : il n'en arrive pas de nouvelle. Celle que vous buvez ce soir a déjà traversé des nuages, des rivières, des racines, des reins, encore et encore. Elle a un passé.
Pluie, neige. Elle ruisselle ou s'infiltre dans le sol.
Dans les nappes souterraines (70% de notre eau potable) ou les rivières et lacs (30%).
Elle devient potable, arrive à votre robinet.
On la boit, elle passe par notre corps, nos reins, puis repart dans les égouts.
La station d'épuration la nettoie, puis la rejette dans la rivière.
Une autre ville, en aval, pompe cette même rivière. Le cycle recommence.
Quand une ville pompe son eau dans une rivière juste en aval d'une station d'épuration, elle boit, en partie, l'eau rejetée par les villes d'amont. Les scientifiques appellent ça la réutilisation indirecte. Elle est réelle, mais officiellement « non répertoriée ».
Ce n'est pas un scandale caché : c'est le cycle de l'eau. Mais peu de gens le savent. L'eau d'une rivière, en période sèche, peut être en grande partie de l'eau qui a déjà servi, plus haut.
Deux robinets, deux histoires différentes. Voici ce qui change concrètement selon l'origine de l'eau captée pour votre commune.
Filtrée naturellement par les roches et le sol, souvent sur des années, parfois des décennies. En général plus stable, moins exposée aux pollutions de surface, mais peut être plus minéralisée (calcaire) selon la géologie traversée. Représente environ 70% de l'eau potable en France. Traitement généralement plus léger.
Captée directement en surface, donc plus exposée aux pollutions agricoles, industrielles et urbaines en amont. Nécessite un traitement plus poussé (clarification, désinfection renforcée) avant d'être potable. Représente environ 30% de l'eau potable en France, mais davantage en été dans certaines régions.
La même eau potable, chez vous, sert à mille choses. On la traite au niveau « potable » pour tout, même pour ce qui n'a pas besoin d'être bu :
Nous ne sommes qu'un passage dans la vie d'une goutte. Elle était là avant nous, elle sera là après. Nous l'empruntons quelques heures, notre corps la maintient à 37°C, puis nous la rendons. La question n'est pas « est-elle neuve » (elle ne l'est jamais), mais « dans quel état la recevons-nous, et dans quel état la rendons-nous ».